Impressions USA
C'est d'abord des odeurs. Les fumets de saucisses des marchands de hot-dogs dans la rue, le cuir des intérieurs de taxi qui passent la fenêtre ouverte, la poussière des journaux dans leurs distributeurs. Et une impression plus profonde, plus subtile, un je-ne-sais-quoi dans le fond de l'air, une fraicheur ou une vivacité, peut-être le vent, le bleu du ciel différent, le coucher de soleil pas pareil. Comme si la nature disait, sous le béton de la ville : "je suis encore là".
Et il y a les sons qui tournoient tout autour de vous, le bruit des sirènes de police ou d'ambulance dans les rues du centre ville, des klaxons, le psshhtt-clac d'une canette de soda que quelqu'un ouvre, les mêmes mots que l'on entend sans arrêt, like, whatever, ho my god, les talons d'une jeune femme qui claquent sur le béton du trottoir.
Et puis, dès que l'on mange, des goûts, celui de la cannelle sucrée, du beurre de cacahuète, du café insipide, du fromage industriel, ou du sandwich d'un food-truck sale mangé sur le pouce, comme d'habitude.
Il y a aussi des impressions visuelles. La verticalité vertigineuse des buildings de métal et de verre qui, acollés les uns aux autres, vous encerclent et vous toisent du haut de leurs centaines de mètres. L'horizontalité morne de la banlieue immense, où, elles aussi acollées les unes aux autres, les maisons toutes identiques s'étirent sans discontinuer sur la plaine. L'impression que tout est plus grand, aussi; on le raconte, et c'est vrai. Comme s'il y avait un problème d'échelle dans tout ce que l'on voit. Des rues plus larges, de grosses voitures, des halls de gare tout en marbre et en colonnades, des drapeaux immenses flottant très haut, de grands lits, de hauts bureaux. Il n'y a rien de petit, ici.
Et toujours, la face cachée. Les ordures jetées, les ruelles sombres où personne ne va, les quartiers à l'abandon, les gens pauvres, les zones insalubres. Mais qui s'en soucie ?
Ensuite il y a les gens, avec leur caractère et leur culture. Trop difficile à résumer. Blancs et noirs et jaunes et arabes, serviables, you're welcome, commerçants, can I help you, polis, nice to meet you, patriotes, fiers, sans complexes, avec le sens de la communauté. Pour moi ils se ressemblent tous beaucoup, toujours les mêmes expressions dans le langage, les mêmes habitudes, les mêmes envies, le même but dans la vie. Comme si on parvenait ici à la quintessence même de la culture mondiale uniformisée, à ses racines, à son coeur.
Et il y a les sons qui tournoient tout autour de vous, le bruit des sirènes de police ou d'ambulance dans les rues du centre ville, des klaxons, le psshhtt-clac d'une canette de soda que quelqu'un ouvre, les mêmes mots que l'on entend sans arrêt, like, whatever, ho my god, les talons d'une jeune femme qui claquent sur le béton du trottoir.
Et puis, dès que l'on mange, des goûts, celui de la cannelle sucrée, du beurre de cacahuète, du café insipide, du fromage industriel, ou du sandwich d'un food-truck sale mangé sur le pouce, comme d'habitude.
Il y a aussi des impressions visuelles. La verticalité vertigineuse des buildings de métal et de verre qui, acollés les uns aux autres, vous encerclent et vous toisent du haut de leurs centaines de mètres. L'horizontalité morne de la banlieue immense, où, elles aussi acollées les unes aux autres, les maisons toutes identiques s'étirent sans discontinuer sur la plaine. L'impression que tout est plus grand, aussi; on le raconte, et c'est vrai. Comme s'il y avait un problème d'échelle dans tout ce que l'on voit. Des rues plus larges, de grosses voitures, des halls de gare tout en marbre et en colonnades, des drapeaux immenses flottant très haut, de grands lits, de hauts bureaux. Il n'y a rien de petit, ici.
Et toujours, la face cachée. Les ordures jetées, les ruelles sombres où personne ne va, les quartiers à l'abandon, les gens pauvres, les zones insalubres. Mais qui s'en soucie ?
Ensuite il y a les gens, avec leur caractère et leur culture. Trop difficile à résumer. Blancs et noirs et jaunes et arabes, serviables, you're welcome, commerçants, can I help you, polis, nice to meet you, patriotes, fiers, sans complexes, avec le sens de la communauté. Pour moi ils se ressemblent tous beaucoup, toujours les mêmes expressions dans le langage, les mêmes habitudes, les mêmes envies, le même but dans la vie. Comme si on parvenait ici à la quintessence même de la culture mondiale uniformisée, à ses racines, à son coeur.

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Raymond Queneau : Exercices de style
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